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LA PLANÈTE BLEUE DE JULIE PAYETTE

ENTREVUE / JULIE PAYETTE

Publié le 1 juin 2010,

 

ELLE AIME FLOTTER EN APESANTEUR COMME ELLE ADORE PLONGER OU FAIRE DU CANOT-CAMPING. RENCONTRE AVEC L’ASTRONAUTE-VEDETTE DU CANADA, SPORTIVE ACCOMPLIE, POLYGLOTTE, PIANISTE DE HAUTE VOLTIGE ET ENGAGÉE DANS LA CAUSE DE L’ACCÈS À L’EAU POTABLE.

 

VOUS ÉTIEZ DE DEUX MISSIONS SPATIALES, EN 1999, PUIS L’AN PASSÉ AVEC ENDEAVOUR, POUR REJOINDRE LA STATION INTERNATIONALE. DE L’OBSERVATION DE LA TERRE DE HAUT, QUELLES IMPRESSIONS A-T-ON DE SA PARTIE «LIQUIDE»? Avec 72% de la planète couverte d’eau, il est évident qu’elle domine. Ce qui me frappe le plus, c’est l’immensité de l’océan Pacifique que les cartes coupent en deux! Vue de l’espace, la Terre est vraiment une planète bleue avec une incroyable myriade de teintes, quasi-indescriptible. Il y a du turquoise dans la mer de corail et autour des atolls, du bleu extrêmement foncé dans les océans… La Terre est une bille de marbre sur fond d’infini. C’est tellement beau!

 

VOUS PRÉFÉREZ LA VISION «SPATIALE» DES CONTINENTS OU CELLE DES OCÉANS? Les deux sont fascinantes. Tellement que, lors de mes missions, je faisais sonner l’alarme sur ma montre pour m’obliger à consacrer au moins une demi-heure chaque soir à les observer! Il est très intéressant de regarder les masses continentales, les gros centres urbains… On voit toute l’activité humaine à grande échelle, avec ses effets sur l’étalement urbain, les zones de déforestation, les pellicules de smog sur Pékin, Tokyo et l’Amérique du Nord, les déversements de pétrole en mer. Lorsque le soleil est à l’oblique, l’eau polluée a une teinte et une texture différente.

 

QUELLES SONT LES IMAGES LES PLUS FORTES QUE VOUS AYEZ DE PHÉNOMÈNES RELIÉS AUX CHANGEMENTS CLIMATIQUES? La fonte massive des glaciers, notamment en Arctique, est la plus préoccupante; la hausse du niveau des océans aussi, avec les risques d’inondation de zones habitables et cultivables. Depuis l’espace, l’image la plus forte pour moi est celle de la fonte de la calotte du mont Kilimandjaro. Il est facile à repérer: c’est le seul point blanc à des kilomètres à la ronde. La glace est beaucoup plus mince qu’il y a dix ans. Or, le glacier irrigue tous les flancs de la montagne, aux terres très fertiles. On voit toutefois des cercles concentriques qui dénotent un assèchement progressif. D’ici 10 à 20 ans, les terres vont perdre en fertilité et les populations locales seront durement affectées.

 

QUEL EST L’APPORT SPÉCIFIQUE DE LA RECHERCHE SPATIALE CANADIENNE À CES BOULEVERSEMENTS CLIMATIQUES? Le Canada fait beaucoup en matière de télédétection, grâce à Radarsat. Avec ses observations, on a pu par exemple diriger les équipes d’urgence sur le terrain après le tsunami en Indonésie ou fournir de précieuses données satellitaires pour déployer des secours lors des débordements de la rivière Rouge au Manitoba, notamment en 1997 et en 2009.

 

VOUS VOUS IMPLIQUEZ AUX CÔTÉS DE GUY LALIBERTÉ ET DE SA FONDATION ONE DROP POUR DÉFENDRE L’ACCÈS À L’EAU POTABLE. ON VOUS A VU LORS DU SPECTACLE PLANÉTAIRE QU’IL A ORCHESTRÉ EN 2009 DEPUIS LA STATION SPATIALE INTERNATIONALE. LA CONSCIENTISATION À CE PHÉNOMÈNE DU MANQUE D’EAU VOUS IMPORTE BEAUCOUP? Elle est essentielle. La Terre nous donne cette ressource unique en abondance mais nous la gaspillons souvent, surtout en Amérique du Nord, où elle est peu chère et très disponible. Un jour pourtant, l’eau se monnayera en bourse! On comprendra alors l’importance de l’économiser, de moderniser notre façon de la partager et de mettre sur le marché des systèmes performants comme celui qu’on utilise à la station spatiale internationale. L’eau y est déjà denrée rare et on n’a pas le choix que de recycler les eaux usées, y compris «humaines», en eau potable.

 

DEPUIS SIX ANS, VOUS VENEZ DE HOUSTON EN PÈLERINAGE HIVERNAL FAIRE LA TRAVERSÉE DE LA GASPÉSIE EN SKI DE FOND. AVEC UN AGENDA CHARGÉ COMME LE VÔTRE, QU’EST-CE QUI VOUS MOTIVE, LE DÉFI SPORTIF OU LA CONVIVIALITÉ DE L’ÉVÉNEMENT? J’y viens depuis que la Traversée m’a adoptée mais j’adore la Gaspésie, été comme hiver. Pour moi, c’est une vraie semaine de vacances prises pour faire du sport. J’aime les paysages et c’est une formidable occasion d’être dehors, de s’évader, de fermer son cellulaire tout en réalisant un bon défi sportif! C’est aussi l’aventure d’un groupe de personnes d’origines diverses qui se rassemblent autour d’une passion. Le groupe est très animé et tout le monde s’entraide car il ne s’agit pas d’une course.

 

CE N’EST PAS TROP DIFFICILE D’ÊTRE UNE VEDETTE DANS CE GENRE D’ÉVÉNEMENT GRAND PUBLIC? Si cela l’était, je n’y reviendrais pas. Je fais partie du groupe, ni plus, ni moins, et les gens sont très respectueux.

 

VOUS PRATIQUEZ AU MOINS DEUX ACTIVITÉS «AQUATIQUES», LE CANOT-CAMPING ET LA PLONGÉE SOUS-MARINE. CE SONT DE VRAIES PASSIONS? J’adore le canot ET le camping. Depuis longtemps. Mon deuxième fils a six ans. Il est maintenant assez à l’aise dans l’eau pour qu’on puisse l’emmener cet été en canot-camping. L’un des mes endroits préférés est le parc Algonquin en Ontario. J’aime l’isolement que procure le canot-camping quand il n’y a personne à l’horizon. On vit dehors. On se baigne. On boit l’eau du lac. On vit en communion avec la nature. C’est le bonheur total!

 

ET LA PLONGÉE SOUS-MARINE? J’adore être dans l’eau. C’était naturel que je fasse de la plongée. Aujourd’hui, on le fait en famille car mon fils de 16 ans a sa certification. J’ai surtout plongé dans les Caraïbes mais il y a un endroit que je trouve absolument fascinant au Canada. C’est le détroit de Georgie, entre Vancouver et l’île du même nom. Les eaux sont très froides mais la faune aquatique est incroyable, avec des octopus géants, des poissons loup ocellés (wolf eel)…

 

2010 MARQUE LA FIN DE LA CONSTRUCTION DE LA STATION SPATIALE INTERNATIONALE, ALORS QUE LA NASA VOIT SON BUDGET RÉDUIT. COMMENT VOYEZ-VOUS L’AVENIR POUR LA RECHERCHE CANADIENNE ET POUR VOUS-MÊME? Il va y avoir beaucoup de chamboulements mais on s’y attendait et on s’adapte! La Station sera tout de même en exploitation jusqu’en 2020. Même si les États-Unis n’ont pas de vaisseau spatial américain en opération pendant quelque temps, ils n’arrêteront pas d’aller dans l’espace, pas plus que nous! Nous allons continuer de travailler avec la Nasa et les partenaires de l’ISS. Pour les prochaines années, ce sont les Russes qui assureront le service de transport à la Station, avec leurs fusées et capsules spatiales Soyuz. Nous avons fort à faire pour utiliser la fantastique plateforme de recherche que constitue la Station spatiale internationale. Elle sera utilisée pour y conduire des expériences scientifiques de base, mais aussi pour mieux comprendre l’adaptation des humains à l’état d’apesanteur et contrecarrer ses inconvénients. Cette question est fondamentale si on veut un jour retourner sur la Lune ou aller sur Mars.

Volume - 5

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