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Photos: Christian Co?te?

LECTEURS À L'AVENTURE - BIBBULMUN TRACK: 1 000 KILOMÈTRES D'AVENTURE

UN RÉCIT DE CHRISTIAN CÔTÉ

Publié le 21 février 2018,

La Bibbulmun track, est connue des Australiens depuis 1979, mais depuis des millénaires par les aborigènes. Un sentier de 1000 km entre Perth et Albany dans le sud-ouest du pays. Un long ruban de randonnée défilant à travers kangourous, forêts, marécages, dunes, oiseaux, reptiles, histoires et cultures de ce bout du monde. Une piste à suivre, en direction du sud, avec un retraité qui en a fait lui-même un rite de passage, comme les aborigènes l’on fait, en suivant le serpent arc-en-ciel (Waugal)… Bonne route!

On ne marche pas un trajet de 1000 km, on le vit. Nos 5 sens sont là pour nous faire ressentir une telle aventure. La préparation est de mise, mais l’improvisation et la flexibilité sont aussi au rendez-vous. La simplification du plaisir et le ralentissement du temps sont des résultats surprenants après 45 jours à marcher, manger et dormir sous l’influence d’un cycle naturel. Voilà ce qu’est la Bibbulmun track. Entre serpents, tiques, reptiles, fleurs, eucalyptus, kangourous, mouches et chaleurs comment ressort-on d’une telle marche? Voici quelques mots pour vous décrire cette aventure.

Octobre 2017, c’est l’automne à Vancouver et le printemps en Australie. Une décision au départ, d’équipe, mais qui devint une marche solo le 29 octobre à Kalamunda, à l’Est de Perth. Le nom de Bibbulmun représente ces marcheurs aborigènes de la tribu des Nyoongar qui se déplaçaient dans le sud-ouest, sur de longues distances à travers la forêt, pour assister à des cérémonies spirituelles. Un rite qui deviendra aussi le mien. Le symbole de la piste, le serpent arc-en-ciel, créateur de l’univers des aborigènes, guidera mes pas pour 1000 km à travers trois grandes zones biologiques du nord au sud, dont la biodiversité est époustouflante. Ce ruban parfois rouge, parfois rocailleux ou sableux, se déroule à travers plus de 8000 espèces de plantes, des centaines d’espèces de reptiles et de nombreux mammifères et marsupiaux, dignes de l’isolement de ce grand continent.

07h00, le 29 octobre, je débarque sous le ciel bleu de Perth en provenance de la ville grise (smog) de Guangzhou (Chine). Quelle opposition! Le temps de récupérer quelques items (nourriture, gaz et cartes), et vers 13h00 un taxi me conduit au départ du nord, à Kalamunda. Je suis nerveux et excité en même temps, car mon expérience la plus longue sur une piste se limite à 2 semaines autour du mont Rainier. Est-ce que mes 58 ans de plein air m’aideront dans cette aventure? Le plaisir d’être ici et les découvertes à venir me transforment en petit garçon dans un magasin de bonbons. D’ailleurs, je suis tellement excité à observer le milieu naturel que je complète deux fois le début du sentier, ayant manqué le serpent jaune qui m’indiquait la bonne piste. J’admirais les Australiens, car je me disais wow! À chaque traverse de route, ils ont une reconnaissance majeure de la piste. J’y croyais jusqu’à ce que je trouve les items que j’avais déposés dans la poubelle à mon départ. Tout un début! Je dois refaire les 2 premiers km que j’avais déjà complétés. Une première leçon ici de bien suivre les panneaux indicateurs du serpent et non la bonne allure de la piste. Celle-ci coupait vers la droite en descendant un ravin et le panneau était dans la pente. Un Australien me remit sur la bonne piste après avoir observé un lézard, blue tongue (Tiliqua sp.), dans les rochers.

Plus loin, mes trois premiers kangourous coururent sur ma droite et s’arrêtèrent pour m’observer me faisant réaliser que j’étais bien en Australie et que ces petites bêtes seraient plus nombreuses sur ce sentier que les marcheurs que je rencontrerais. Avec ce contretemps, j’ai terminé finalement ma première journée de marche de 15 km vers 17h00 à un premier abri que j’ai partagé avec trois autres marcheuses australiennes qui représentaient l’ensemble des marcheurs de cette piste qui la complète par section, les fins de semaine. Les SOBO (southbound) et NOBO (northbound), comme on identifie les marcheurs de la piste entière, sont un pourcentage très minime et j’espérais être des SOBO en décembre. Ces abris, dont 49 se retrouvent le long du trajet, sont des espaces de services bien aménagés (eau, toilette, site de camping, espace pour un feu et refuge). Ils constituent des bulles de soulagement après plus de 20 km de marche sous toutes sortes de conditions. Une étape à atteindre, un brin d’espoir en apercevant ce petit toit vert à la fin d’une longue journée.

Ma seconde journée m’a enseigné deux autres leçons. Comme le territoire australien est quadrillé de nombreuses pistes: 4W4, cheval, randonnée pédestre, bicyclette…, les symboles de chacune peuvent se croiser, et mon interprétation d’un serpent bleu (1000 km de pistes de bicyclette - Munda Biddi), au lieu du jaune, me conduisit dans la mauvaise direction. La leçon 2 est de toujours suivre le symbole jaunâtre du serpent et rien d’autre. Ma boussole et la carte précise du sentier m’ont permis de retrouver celui-ci. La leçon suivante de cette journée était de bien vérifier que tout mon matériel se retrouvait dans mon sac à dos, de 40 livres. Au départ ce matin, j’avais oublié mes bâtons de marche et j’ai dû retourner à l’abri. Sur ce trajet deux autres fois je me perdrai, mais la qualité des cartes, ma bonne vieille boussole et les indications sur le terrain (panneau) ont conservé ces erreurs à 4 fois seulement, considérant celles-ci comme des opportunités d’apprentissage pour les kilomètres à venir.

La première section de cette piste comporte 15 abris sur une distance de 211 km entre le départ du nord et le village de Dwellingup, d’où l’on peut se ravitailler pour la prochaine étape. Un 211 km de montagnes (Darling Range) atteignant un maximum de 500 mètres, avec une végétation et une faune riches et très diversifiées entre les ravins des ruisseaux à sec et les sommets rocailleux tout en fleurs des Monts: Cooke, Cuthbert et Vincent. Une marche en solo dans cette brousse est une grande fête pour les 5 sens. Une épiphanie de sons d’oiseaux et d’odeurs de fleurs en ce printemps australien. Chaque détour du sentier comporte des surprises pour les yeux qui parfois s’approchent de la peur, lorsque l’on manque de peu de marcher sur un serpent; ou de l’émerveillement, lorsque la combinaison des éléments naturels s’est rassemblée pour pousser l’étonnement à l’admiration. Une description ou une photographie ne donnerait qu’un aperçu partiel de ces visions qui me hanteront maintenant pour le reste de ma vie.

Au départ, j’ai divisé ce trajet en 8 étapes, allant de 9 jours à 3 jours. Entre chaque étape, un point de ravitaillement sous la forme de villages a été ajouté (Dwellingup, Collie, Balingup, Pemberton, Northcliffe, Walpole, Denmark et Albany). Ces villages permettaient de mieux connaître les Australiens qui nous ressemblent, par leur amour du plein air et leur fierté de le protéger. Ces petits patelins me permettaient de garnir mon sac à dos, de nourritures (sèches si disponibles) et de gaz. De plus, une bonne pizza ou un hamburger avec une bière me permettait de récupérer le sodium manquant et de côtoyer la faune locale endiablée au pub lors d’une partie télévisée de rugby ou criquet - loin du hockey ici.

Lors de ces étapes, pour 45 jours de marche, une routine était de mise. La mienne s’arrêta au chiffre 567. C’est-à-dire, debout à 05h00, départ à 06h00 et coucher à 19h00. Un cycle suivant celui du soleil qui s’avèrera positif pour moi tout au long de l’aventure. Une aventure en milieu naturel qui traversera trois grandes zones écologiques: de Kalamunda à Balingup : Eucalyptus marginata (Jarrah) et Corymbia calophylla (Marri), de Balingup à Northcliffe : Eucalyptus diversicolor (karri) et de Northcliffe à Albany (dunes, marécages et côte océanique). Il ne faut pas aussi oublier que le sentier exige la traversée de deux bras de mer sur la côte qui demande une préparation de logistique à considérer.

Tout au long de ces trois zones, la flore et la faune se retrouvent à profusion tout en ayant développé, à travers des milliers d’années d’évolution, des adaptations au manque d’eau. Que ce soit en minimisant les feuilles, leur grosseur, leur épaisseur ou leur absence, les plantes  donnent priorité à la production de fleurs qui sont tellement présentes en ce printemps australien, ajoutant tant de couleurs aux paysages. De plus, la dimension de certains arbres comme les  eucalyptus (karri et red tingle) rivalise avec celle de certains conifères d’Amérique. La mesure maximale de diamètre a été de 5 bâtons de marche (575 cm) pour un red tingle (Eucalyptus jacksonii) dans la région du mont Clare et de plus de 60 mètres de hauteur d'un karri dans la vallée des géants, tout prêt de Walpole. Une marche à travers ces géants pendant plusieurs jours devient, pour notre espèce supposément supérieure, une thérapie qui passe par l’humilité.

45 jours de marches et des milliers de situations plus tard j’ai complété le tout, 20 livres en moins, le 15 décembre dans la belle ville d’Albany, d’où des milliers de jeunes Australiens (ANZAC) sont partis, lors de la Première Guerre mondiale, pour aller mourir sur les côtes turques à Gallipoli. Fatigué, avec la confusion d’être content d’avoir complété cette aventure, la joie de retourner au Canada pour les Fêtes et un certain blues d’avoir terminé en pensant… ok,  what’s next… je suis retourné à Perth en autobus et au Canada le 18 décembre.

La chaleur du nord, les longs détours à cause de feux sauvages ou de feux prévus par le Ministère, les mouches, l’eau salée de certaines rivières et la marche dans le sable des dunes n’ont pas ternis mon appréciation de la beauté naturelle de cette piste, où j’ai côtoyé des milliards de plantes, des milliers d’oiseaux, des centaines de reptiles, dont 15 serpents, des centaines de kangourous et émeus, et peu de marcheurs. Pour 45 jours, marcher, manger et dormir, sous un cycle naturel, s’est avérée une expérience de vie. Un rite de passage pour moi, qui débutait ma retraite, en simplifiant le concept de plaisir et en ralentissant le temps lui-même. L’appréciation d’une tasse de thé, un coucher de soleil, un chant d’oiseau, voilà les vrais plaisirs que j’ai retrouvés sur cette piste. Comme les premiers Hommes d’Australie, en suivant le serpent arc-en-ciel, j’ai ralenti le temps. Je me suis rapproché d’une existence plus simple et je me suis perdu au sein d’une nature bienfaitrice, faisant un avec elle.

On ne marche pas un sentier de 1000 km, mais on le vit…. Bonne retraite!

bibbulmuntrack

 


À propos de l’auteur

J’ai 58 ans et je suis un maniaque de plein air depuis ma naissance dans la belle région de La Mauricie. Je vis en Colombie-Britannique depuis 1984 où j’ai travaillé comme enseignant et directeur d’école, étant à la retraite depuis peu. Mes expériences de plein air vont de sentiers et de cours d’eau au Québec, en Colombie-Britannique, aux États-Unis, en Amérique du sud, dans les Caraïbes et en Australie. Ma mission de vie est de pousser les gens à aller jouer dehors et d’apprécier le monde naturel.

 


 

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