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Photos: Magalie Hurtubise

LECTEURS À L'AVENTURE - LA NATURE SE DÉCHAÎNE DANS LE WILSONS PROM

Un récit de Magalie Hurtubise

Publié le 15 février 2018,

L'humidité me réveille. Le froid ambiant ne m'invite pas à sortir de mon sac de couchage et pourtant, c'est l'heure de partir. Je me glisse hors de mon nid douillet et j'enfile rapidement mon anorak le plus chaud. La brume recouvre le camping et une petite bruine tombe doucement dans le silence du matin. La petite ville de Foster est déserte à cette heure de la journée. 

Je ramasse mes choses dans une routine machinale que je ne connais que trop bien. Je plie ma tente et je l'insère de peine et de misère dans mon sac à dos. Je m'éloigne de quelques pas pour regarder l'immense mastodonte rempli à ras bord que je porte sur mes épaules depuis deux mois.

Je m'installe à genoux par terre, me penche vers l'arrière et attache les sangles de mon sac autour de ma taille et de ma poitrine. Je me lance dans un mouvement de bascule qui me permet de me propulser vers l'avant, de m'accroupir péniblement dans un squat et de me redresser à la Cheryl Strayed. Les premiers pas ravivent une douleur dans mes épaules et au bas de mon dos qui me rappellent que je dois prendre soin de mes blessures. Le mastodonte dépasse d'un demi-pied au-dessus de ma tête. Je ne connais pas son poids exact, mais je peux affirmer avec certitude qu'il pèse plus de vingt kilos en comptant la nourriture et l'eau qui devraient suffire à ma survie pour les cinq prochains jours. Je m'en vais faire le Southern Prom Circuit (boucle de 60 km sur 5 jours) dans le Wilsons Promontory National Park au sud de l'Australie, un endroit reconnu pour ses plages de sable fin et ses eaux scintillantes. Le concept ultralight m'est inconnu à ce moment de l'aventure et je le découvrirai tôt ou tard.

Je songe à faire du pouce pour me rendre dans le Wilsons Promontory National Park, mais ma voisine de camping propose gentiment de m'y déposer, ce que j'accepte avec empressement. Une heure de route sépare Foster et le Wilsons Promontory.

Le chemin sinueux qui traverse le parc baigne dans un brouillard qui parfois se dissipe pour laisser place à de magnifiques points de vue. Les plages sont visibles au loin. Je prends une bouffée de l'air salin qui imprègne l'habitacle de la voiture. C'est rafraichissant. Je vois le ciel s'assombrir au loin. De petites gouttelettes d'eau apparaissent dans le pare-brise. Je savais que la pluie allait m'accompagner, mais ce n'est qu'une fois arrivée au départ du sentier, au Telegraph Saddle Car Park, que je commence à comprendre dans quoi je me suis embarquée. Un torrent de pluie se déchaîne. Je sais que je peux compter sur de l'équipement de qualité et c'est dans cet esprit que je quitte pour une première journée jusqu'au campement de Sealers Cove où je passe ma première nuit. Je regarde la voiture s'éloigner sur la route jusqu'à ce qu'elle disparaisse de ma vue. Un petit doute s'installe dans mon esprit, mais je le chasse du revers de la main.

Je marche au pas tel un soldat en quête de ma destination qui se trouve à dix kilomètres du point de départ. Les quelques premiers kilomètres se font sans accro. Je marche sur un sentier large qui sillonne une forêt ravagée par le feu, ne laissant sur son passage que de longs troncs noirs calcinés. Le paysage est à couper le souffle.

La terre dévastée laisse par la suite place à une forêt verte et dense. Je me retrouve sous d'immenses palmiers-fougères comme je me plais à les appeler et ces derniers me protègent des grosses gouttes qui tombent du ciel sans arrêt. L'eau va et vient dans mes bottes et je ne me donne même plus la peine d'éviter les flaques d'eau. Je barbote dans un savoureux mélange d'eau et de boue.

J'atteins la mythique plage de Sealers Cove en moins de trois heures. Le ciel gronde maintenant, mais il ne déverse plus autant son chagrin. Je marche sur quelques centaines de mètres en perdant mon regard dans l'eau turquoise de cette jolie baie avant de traverser la petite crique qui me sépare du campement.

J'arrive à marée haute: une erreur de débutant. J'aurais dû prendre en note les heures des marées. Je marche de long en large sur la plage, tentant de trouver le passage le plus sécuritaire. Je retire mes bottes et les attache à mon sac. J'entame ma descente dans les eaux froides qui, au plus creux, atteignent ma taille. Le mastodonte me fait chanceler à une ou deux reprises, mais mes bâtons de randonnée me sauvent la mise. Je ne sais pas si j'ai envie de pleurer ou de rire.

Le ciel se dégage par un miracle inattendu, le temps que je monte ma tente, puis je sombre dans un sommeil réparateur. Je me réveille en sursaut au beau milieu la nuit pour apercevoir de petites entailles dans le moustiquaire de ma tente. Je découvre à mon étonnement que les opossums australiens sont de jolis êtres plutôt farouches prêts à tout pour trouver de la nourriture! Je me laisse une note à moi-même d'accrocher ma nourriture en hauteur le soir suivant. Je passe le reste de la nuit à écouter la pluie s'abattre sur la toile de ma tente.

Un mur de brouillard recouvre le paysage au matin. Je remballe mon chez-moi en un rien de temps et me voilà de retour sur le sentier. Le soleil se met à percer à travers les nuages. Je m'arrête et ferme les yeux pour en absorber les bienfaits pendant un instant avant de repartir en direction de Little Waterloo Bay, ayant près de treize kilomètres à parcourir.

Le ciel ne me fait pas de cadeau. Il se remet à pleuvoir des cordes et le tonnerre gronde. Je fais un arrêt forcé à Refuge Cove après un peu plus de six kilomètres pour me réfugier sous le porche d'une petite cabane de park ranger, déserte et barrée à clé. La pluie s'abat avec une telle force que je remets en question ma sécurité et ma capacité à poursuivre ma randonnée. Il y a belle lurette que le rain cover de mon sac à dos ne joue plus son rôle. Mon équipement au grand complet baigne dans l'eau. Je ne suis pas la seule dans cette situation; trois randonneurs se sont réfugiés au même endroit que moi. Je prends la décision de me poser à Refuge Cove pour la nuit.

Le ciel s'éclaircit et je profite de ce petit répit pour monter ma tente. Le soleil m'honore même de sa présence. J'en profite pour marcher sur la plage de Refuge Cove et prendre quelques photos, souvenirs impérissables de cette randonnée truffée de péripéties.

La nuit tombée, nous nous racontons toutes sortes d'anecdotes et de légendes. Nous regardons les vagues pensivement et nous voyons apparaître une lueur verdâtre l'eau. Mes comparses aventuriers me confirment qu'il s'agit de phytoplancton bioluminescent. Je suis bouche bée devant cet ahurissant phénomène. Nous restons silencieux devant ce paysage avant de retourner dans nos tentes respectives pour y passer la nuit.

La pluie, qui tombait déjà par fines gouttes, se transforme en un déluge et le tonnerre se met à déchirer le ciel avec tant de violence que le coeur me débat dans la poitrine. La lumière blanche de la foudre éclaire le ciel toutes les dix secondes. Je dois contrôler la peur qui m'envahit. Je suis pétrifiée dans mon sac de couchage et je regarde la mince toile de ma tente, seule protection que j'ai en ces lieux sauvages. L'adrénaline me tient éveillée toute la nuit. Je me réveille les yeux bouffis et sors dehors pour constater que la foudre s'est abattue sur un arbre à cent pieds de ma tente. L'arbre noirci semble avoir été scié en deux et de nombreuses branches jonchent le sol. Je frissonne.

J'apprendrai quelques jours plus tard que plus de cent vingt millimètres de pluie sont tombés sur le Wilsons Promontory National Park en moins de deux jours lors de mon passage, ce qui sera plus tard décrit dans les médias comme étant une journée record en termes de pluie.

Je songe à une sécheuse, des vêtements chauds et un thé à la menthe. Le matin est calme, mais si je me fie aux deux précédents jours, je dois me préparer à toute éventualité. Je prends le temps de déjeuner et de réfléchir, assise devant la plage déserte. La beauté et la tranquillité des lieux m'apaisent.

Je choisis de rebrousser chemin même si cette option me déplaît au plus haut point. Je reviens sur mes pas pendant seize kilomètres jusqu'à mon point initial. Le soleil m'accompagne pour une bonne partie du trajet et pour la première fois en deux jours, la chaleur m'enveloppe. Je suis déçue de ne pas avoir complété le circuit en entier, mais je sais que j'ai fait le bon choix. Je me fais la promesse d'y retourner.

Le pouvoir de la nature ne doit pas être ignoré, car nous sommes à sa merci. Une leçon bien assimilée!

À propos de Magalie Hurtubise

Magalie est une «petite sauvage» comme sa mère se plaît à l'appeler. Elle carbure à l'aventure et aux défis. Adepte de ski de fond, de vélo de montagne, de ski alpin, de raquette, de natation et de course, elle jette depuis quelques années son dévolu sur la randonnée pédestre. Sa grande passion pour la randonnée l'a poussée à voyager dans le Nord-est américain pour mettre à l'épreuve ses bottes ainsi qu'au pays des kangourous où elle s'est promis de fouler les plus beaux parcs nationaux! Elle gravit de nouveaux sommets dans les montagnes Blanches chaque année et cumule les kilomètres les uns après les autres, souvent au prix d'ampoules et de bleus. Elle possède plusieurs centaines de kilomètres à son compteur et tant que ses genoux, ses mollets, ses épaules et ses pieds le lui permettront, elle continuera à marcher, toujours plus haut, plus loin.

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